
Retrouvez ici les étapes et méditations lors de la procession qui fut vécue
entre la chapelle La Colombière et la basilique du Sacré-Cœur
pour la célébration eucharistique de cette solennité de 2026 :
chapelle La Colombière :
Evangile de saint Matthieu, 5, 13-20 :
Jésus disait à ses disciples :
13 « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel devient fade, comment lui rendre de la saveur ? Il ne vaut plus rien : on le jette dehors et il est piétiné par les gens.
14 Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée.
15 Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison.
16 De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux.
17 « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir.
18 Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise.
19 Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux.
20 Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux.
méditation :
Arrivé au terme de notre WE autour de la figure de saint Claude La Colombière, nous allons dans un instant nous mettre en route, en procession derrière ses reliques vers la Basilique où nous le célèbrerons solennellement.
Au long de ce WE, et plus particulièrement avec ce que nous avons pu découvrir de lui samedi matin : sa conversion, son passage d’une quête et d’un souci de perfection à une sainteté véritable. Etre à Dieu sans réserve, mais aussi sans excès et, au final, en laissant à Dieu « à tout faire ».
C’est avec ce passage d’Evangile, que nous venons de proclamer, que nous nous mettons en route. Ce passage que Claude a très certainement médité, prié, mais dont nous n’avons pas de commentaire direct. Pourtant on peut y retrouver ce qui a alimenté son chemin de conversion :
A la suite de la parole de Jésus manifestant qu’il ne vient pas abolir la Loi mais l’accomplir, totalement, et qu’il fait l’éloge de celui qui saura l’observer jusqu’aux plus petits de ses commandements, comment ne pas entendre la première réponse de Claude dans son désir d’ « être à Dieu sans réserve » à travers son vœu dit de perfection dans sa retraite de Troisième An ?
Mais nous nous souvenons combien cette quête de perfection pouvait contenir un piège redoutable, celui d’une quête masquée d’une vaine gloire. Ce que Claude découvrira à travers ce combat qu’il engagera avec détermination et qui s’éclairera par l’apprentissage de l’art du discernement à travers les relectures des successions de Consolations et Désolations qu’entrainent sa pratique des Exercices Spirituels d’Ignace de Loyola.
C’est précisément ce que représente ce sel, dont Jésus nous dit que nous sommes pour le monde. Trop de sel rend un plat immangeable ; trop peu le laisse insipide. Il s’agit donc de savoir trouver la juste mesure. Discerner et choisir la juste mesure. Juste ce qu’il faut pour qu’une saveur soit manifestée et savourée par tous. Ni plus, ni moins. On est a l’opposé d’une simple moyenne, d’une médiocrité, d’une tiédeur. On touche réellement à l’ajustement… parfait…
Comment trouver cette juste mesure si ce n’est en étant éclairé par la Lumière Véritable. Etre la lumière du monde, ne sera donc pas de briller de nos capacités, de nos performances, ni de nos mérites, mais de refléter celui qui l’est véritablement : le Christ seul, le Christ pauvre, c’est-à-dire totalement remis entre les mains de son Père. C’est ce que vivra alors Claude dans ce détachement, cet abandon, cet oubli de lui-même pour se centrer uniquement et totalement sur Celui dont il a reconnu qu’il est son « seul et véritable Ami ».
Un apprentissage perpétuel tel qu’il nous le fera entendre dans la conclusion de son acte d’Offrande : « Seigneur Jésus apprenez-moi le parfait oubli de moi-même. » et qui culminera dans ce qui peut sembler comme l’abdication suprême : « C’est à vous à tout faire divin Cœur de Jésus » !
C’est dans ce chemin de confiance, renouvelé quotidiennement et vécu avec fidélité jusqu’au bout, jusqu’à sa mort le 15 février 1682, que le « fidèle serviteur et parfait ami » du Seigneur accomplira finalement la sainteté véritable à laquelle il était appelé…
C’est donc dans ce chemin que nous voulons nous inscrire et que nous allons signifier par notre marche à la suite de Claude, qui a été et demeure à jamais à la suite de Jésus, notre seul et véritable Ami.
P Xavier Jahan sj
1ère Station : la chapelle de l’Hotel Dieu (actuelle Villa Medicis)
Le soin des pauvres
Récit
Cet Hôtel-Dieu est fondé au Moyen-Âge au bord de la Bourbince par les moines bénédictins pour y recevoir et assister les voyageurs, les pauvres et les malades. Il est dédié depuis l’origine à Saint-Joseph, patron de la bonne mort. Au cours des siècles, il sera ruiné à plusieurs reprises. Au 17e siècle, il est restauré sous la conduite de Saint Claude et de Sainte Marguerite Marie, qui en confient la gestion aux hospitalières de Sainte-Marthe, institut fondé à Beaune. A son départ de Paray, Claude demande à Marguerite-Marie d’en assurer la conduite spirituelle de la fondation, de telle sorte qu’elle y était regardée comme « leur fondatrice » Les sœurs l’ont très longtemps desservi avec dévouement et succès. En 1858, les administrateurs de l’établissement et la ville de Paray l’ont transféré en ce lieu beaucoup plus salubre et sain. Après le déménagement de l’hôpital au début du XXI° siècle, ce bâtiment accueille une résidence senior, la Vila Médicis.
Ce lieu nous permet de faire mémoire de l’attention de Saint Claude pour les pauvres et les malades.
P Etienne Kern
Paroles de saint Claude :
Prenons les sentiments du Coeur de Jésus, tendre et généreux. Faisons résolution d’aimer les pauvres, de retrancher quelque chose de nos plaisirs. Si les riches faisaient cela, tout le monde dînerait, personne ne manquerait de pain.
Nous n’avons pas moins de raison d’aimer nos frères que nous en avons d’aimer Dieu même, puisque l’amour dont nous nous aimons les uns les autres n’est qu’une même habitude, qu’une même vertu, qu’un même amour avec l’amour de Dieu. Car ce n’est qu’une même chose que nous aimons, soit que nous aimions Dieu ou que nous aimions les hommes, parce que nous n’aimons que Dieu dans les hommes, parce que nous n’aimons les hommes que pour Dieu.
Prière
Seigneur Jésus, tu nous as enseigné que ce que nous faisons aux plus petits de tes frères, c’est à toi que nous le faisons. Fais-nous rentrer dans les sentiments de tendresse et de compassion de ton Cœur. Par l’intercession de Saint Claude, embrase notre cœur de charité envers ceux qui souffrent en leur âme et dans leur corps, envers les plus pauvres. Que notre amour pour toi ne soit qu’un avec l’ amour que nous avons pour eux.
2ème station : la maison où saint Claude rendit son dernier souffle (place de l’Hotel de Ville)
Offrir sa vie pour la mission, dans la confiance
Un épisode de sa vie
Très cher Claude, apôtre de la confiance, nous nous tenons devant la maison où tu as résidé durant tes 2 séjours à Paray.
En 1675, pendant près de deux ans, tu avais alors 34 ans. Tu avais été séduit par la belle âme de sœur Marguerite-Marie, dont tu fus le confesseur et le soutien spirituel.
Puis, en 1681-1682, durant les derniers mois que le Seigneur te laissa sur notre terre, tu allais fêter tes 41 ans. Ta santé, fragilisée par ton séjour et ton emprisonnement en Angleterre, était gravement atteinte. Tu souffrais d’une maladie pulmonaire persistante qui ne cessait de s’aggraver.
La Compagnie de Jésus envisagea de te transférer vers un climat plus favorable, mais, selon la tradition spirituelle transmise par sainte Marguerite-Marie, il te fut donné de comprendre que Dieu t’appelait à offrir ici le sacrifice de ta vie.
Ton corps t’échappait, du personnel s’occupait de ta toilette. Dans la journée, tu te tenais dans un fauteuil près de cette fenêtre à petits carreaux au 2ème étage sur la gauche. C’était ton oratoire.
Toi qui avait côtoyé les grands de ce monde Colbert, Louis XIV, Charles II d’Angleterre, toi qui a 24 ans avait fait le panégyrique de St François de Salle, tu te tenais là à l’écart du monde méditant avec volonté l’abandon dans la confiance
A une sœur anglaise de la Visitation de Charolles, tu lui écrivais en janvier 1642 :
« Pour ce qui me regarde, je suis toujours fort incommodé d’une grande toux et d’une oppression continuelle…Je ne sors point, je ne parle qu’avec peine…je ne puis respirer que celui du feu et de ma chambre…Il y aura bientôt 5 mois qu’il faut que l’on m’habille et me déshabille, car je ne puis me rendre aucun service à moi-même….les domestiques et les séculiers ont un zèle pour me fournir tout ce qui peut me ragoûter, qui va jusqu’à l’excès…. Dieu pourrait bien me renvoyer la santé pour me punir du mauvais usage que je fais de la maladie ; sa sainte volonté soit faite. Tout ceci, s’il vous plaît, sous le dernier secret»
Nous retrouvons là ce que tu exprimes dans ton acte de confiance en Dieu :
« Les hommes peuvent me ravir et mes biens et mon honneur, les infirmités peuvent m’ôter les forces et les moyens de vous servir, je puis même perdre votre grâce par le péché ; jamais je ne perdrai mon espérance »
Thierry Hiron
Prière
Prions maintenant notre Seigneur :
dans ce monde du XVIIème siècle fait de domination et de peur,
Seigneur tu as appris à ton véritable ami et fidèle serviteur la confiance.
Dans un temps de conflits et de divisions, tu lui as appris la douceur.
Dans la faiblesse, tu as déployé ta force.
Aujourd’hui encore, par sa vie offerte, Claude nous murmure :« Fais confiance. Abandonne toi. Dieu est fidèle. »
Apprends nous, Seigneur, à aimer comme lui, à espérer comme Lui, à nous remettre entre tes mains sans crainte.
Que notre fragilité devienne prière.
Que notre fatigue devienne offrande.
Que notre vie devienne confiance.
Amen.
3ème station : devant la Visitation
Demander la grâce de frères et sœurs avec qui avancer
Récit
Dès son arrivée à Paray-le-Monial (début février 1675), Claude se rend ici, au monastère de la Visitation, afin de rencontrer la communauté des religieuses. Marguerite-Marie entend alors une voix intérieure : « Voici celui que je t’envoie ».
Jésus le lui avait promis, comme « son fidèle serviteur et parfait ami ».
Bientôt au cours de la messe, Marguerite-Marie aura la vision de son cœur et de celui de Claude ne faire plus qu’un dans l’ardente fournaise du Sacré-Cœur.
Elle entend : « C’est ainsi que mon pur amour unit ces trois cœurs pour toujours. » « Il voulait – écrira-t-elle – que nous fussions comme frère et sœur, également partagés de biens spirituels » (A82), pour la mission et la gloire de son Cœur.
C’est dans cette grande assurance de la grâce divine qu’ils se sont apprivoisés puis aidés l’un l’autre à devenir les premiers apôtres du Sacré-Cœur.
P Louis-Pierre Dupond
Paroles
Marguerite-Marie témoigne : « Il m’apprit à estimer les dons de Dieu, et à [les] recevoir avec respect et humilité. » A81
Claude témoigne : « Rien n’a tant contribué… à me donner ce désir de travailler au salut des âmes, que deux choses : le succès qu’il a plu à Dieu de donner aux petits soins que j’ai (offerts) pris à PLM et ce que Sr MM me fit dire à mon départ… » (R77, 126) « Loué soit mille et mille fois le Seigneur, qui a voulu me faire connaître par là sa miséricorde et la sainteté de la personne par qui il lui a plu de me faire donner ces avis. » (R77, 129)
Encore Claude, dans ses lettres à la sainte :
« Je ne vous ai jamais flattée ;
je me sens encore plus éloigné de le faire que jamais,
d’autant plus que je n’ai jamais regardé les bontés que Jésus-Christ vous témoigne
comme des biens qui soient à vous ou de vous,
mais comme des effets de sa charité sans borne… qui remplit les vaisseaux les moins précieux… » (L66)« Je prie NSJC qu’il vous unisse toujours de plus en plus à son divin Cœur,
qu’il augmente et qu’il purifie en vous le désir qu’il vous a inspiré de sa croix et de ses précieuses abjections.
C’est à lui et pour lui seul que je suis… Tout à vous. » (L65)
Prière
Seigneur, envoie-nous aussi de bons amis selon ton Cœur,
qui nous parlent en ton nom.
Envoie-nous des frères et sœurs qui voient ton œuvre en nous et s’en réjouissent.
Envoie-nous des frères et sœurs qui soient sans flatterie et qui désirent que s’opèrent en nous TON œuvre.
Donne-nous Seigneur des amis spirituels pour avancer sur la route de la foi, de l’espérance et de la charité.
Fais de nous Seigneur des amis, des frères et des sœurs qui soient ta voix et ton cœur ;
qui soient miroir du regard aimant que tu portes sur chacun.

4ème station : devant la basilique
Dieu veut faire grand dans nos vies
Jésus disant à Marguerite Marie : je t’enverrai « mon fidèle serviteur et véritable ami » en parlant de Claude La Colombière. Et saint Claude nous invite à découvrir Jésus comme le « parfait ami ».
Un ami est la personne à qui nous pouvons dire beaucoup de choses, même les plus intimes. Saint Claude en entendant Marguerite Marie prend conscience d’une telle amitié avec le Christ. L’âme de Marguerite Marie se laisse transformer par l’intimité du Cœur de Jésus. Elle se laisse imprégner par le grand désir de Jésus de faire d’elle la missionnaire de son Sacré-Cœur.
Dans sa formation Jésuite, Claude avait bien vu l’importance de l’amitié avec le Seigneur mais en accompagnant Marguerite Marie il le vit de plus en plus dans l’union des cœurs.
Claude l’exprime dans une des prières : « Mes maux, vous savez les tourner en bien. Vous ne vous éloignez jamais de moi … Vous ne vous ennuyez jamais de m’entendre. Je suis assuré d’être aimé, et je vous aime de toute ma personne… Vous souffrez mes défauts avec une patience admirable ; … mes ingratitudes ne vous blessent point tellement que vous ne soyez toujours prêt à revenir, si je le désire. » Oui, il s’agit là d’une amitié réciproque de Jésus avec Claude et de Claude « avec son Seigneur et « parfait ami. » « Celui qui aime d’amitié se plaît en la compagnie de son ami. Celui qui aime d’amour ne peut plus s’éloigner de la personne qu’il aime. »
Se garder des choses extraordinaires.
Si l’on peut voir les choses extraordinaires que les moines du 12ème siècle on construit, comme cette basilique … pour les siècles des siècles. Il pourrait se faire que nous pensions que pour louer Dieu il faut être extraordinaire à l’exemple de ces monuments construit par les anciens. Mais ce que nous découvrons dans les écrits des moines est très différents. Ils nous montrent que ces choses extraordinaires viennent d’hommes ou de femmes qui ont découvert que ce qui est extraordinaire se fait par la fragilité, l’ouverture et l’accueil du Cœur simple de Jésus. Rien n’est si fort à craindre dans la vie spirituelle que les choses extraordinaires ; tout ce qui vous porte à l’humilité et à la haine de vous-même est bon. Attachez-vous surtout à ce que le FOI et l’Évangile enseignent.
Les petites choses de la banalité quotidienne demandent beaucoup de fidélité, de patience et ouvre la porte à la sainteté. Il faut aussi reconnaitre que le cœur humain conserve un secret désir d’actes ou de manifestations extraordinaire mais qui n’élève pas l’âme vers Dieu mais vers la puissance humaine. Nous devons faire grande attention à ce qui pourrait-être qu’une illusion, celle de la ferveur dans la prière que Dieu accorde parfois. Mais l’humilité et le renoncement pour le progrès dans la sainteté est plus efficace. Ce n’est pas la ferveur qui rend les personnes humbles, charitables, régulières, mortifiés, c’est l’exercice de l’humilité, de la régularité et de la mortification qui rend fervents.
P Robert Huet sj
Prière
« Sacré-Cœur de Jésus, apprenez-moi le parfait oubli de moi-même,
puisque c’est la seule voie par où on peut entrer en vous.Puisque tout ce que je ferai à l’avenir sera à vous,
faites-en sorte que je ne fasse rien qui ne soit digne de de vous ;
enseignez-moi ce que je dois faire pour parvenir à la pureté de votre amour,
duquel vous m’avez inspiré le désir…C’est à vous de tout faire, divin Cœur de Jésus-Christ,
vous seul aurez toute la gloire de ma sanctification… »

Dimanche 15 février 2026, Solennité de St Claude la Colombière
Jr 20, 7-9 ; Ps 102 (103), 1-5, 8-10, 17-18 ; Eph 3, 8-9.14-19 ; Mt 11, 25-30.
homélie :
La Parole de Dieu nous brûle !
En cette solennité de saint Claude la Colombière, les textes bibliques, rallument notre vocation à la sainteté. Car dans la vie de tous les saints, c’est toujours un peu la même chose : à un moment donné, ils décident, ils choisissent de se donner, de se livrer, de s’offrir, « sans réserve », au brûlant amour de Dieu. Certes, me direz-vous, il y a des souvent des prédispositions naturelles : foi familiale, éducation religieuse, milieu favorisant l’épanouissement spirituel… Ce terreau est aussi arrosé par la grâce de Dieu reçue dans la prière et les sacrements. Et si Dieu respecte infiniment la liberté de chacun, si Dieu respecte le rythme de notre vie, le rythme de notre lente maturation personnelle, il y a toujours un moment où il nous faut bien faire un pas de plus parce qu’on se sent irrésistiblement invité à se donner « sans réserve ».
Cet appel, sainte Marguerite-Marie l’a entendu ; en laissant le Christ prendre son cœur à elle pour le plonger dans le divin cœur brûlant d’amour avant que Jésus ne le lui rende. Autrement, dit, sainte Marguerite-Marie a fait l’expérience intime de la largeur, de la longueur, hauteur et profondeur de l’amour du Christ qui dépasse tout ce que nous pouvons connaître. Il fallait donc un homme de discernement, pétri des Exercices Spirituels de saint Ignace de Loyola ; pour reconnaître, dans cette expérience spirituelle, le fruit de la consolation divine : un cœur qui s’enflamme d’amour pour son Créateur. Oui, un jour ou l’autre, tout disciple fait l’expérience d’un « cœur tout brûlant », sur la route d’Emmaüs comme dans le Charolais. Saint Claude la Colombière, sage et savant mais non moins doux et humble de cœur, l’avait bien compris : quel que soit notre état de vie, pour recevoir pleinement, il n’y a pas d’autre chemin que de se donner « sans réserve », tel que l’on est, avec tout ce que l’on porte.
« Être tout à Dieu, sans réserve », telle était la devise de saint Claude la Colombière. « Tout à Dieu sans réserve » prend son sens dans le poids du réel de ma vie. Vie qui est une grâce magnifique mais dont jamais l’Écriture ne dit qu’elle ne sera facile ! Poids des lourdeurs de mon tempérament, poids de mon histoire, des relations familiales, poids des soucis professionnels. Mais aussi poids du témoignage chrétien que j’essaie de transmettre à mes proches, poids de l’opposition à laquelle il se heurte parfois. À nous qui, déjà, portons courageusement le poids de notre vie, Jésus ordonne trois actions : Venez à moi ; prenez mon joug ; devenez mes disciples. C’est un comble n’est-ce pas ? Jésus sait que nous peinons sous le fardeau et il nous faut encore venir à lui ! Jésus sait que déjà nous sommes chargés et il nous faut prendre son joug ! Jésus sait qu’il n’est pas facile d’être ce que nous sommes et voilà que maintenant, il nous demande, de surcroit, d’être ses disciples !
Qui se précipiterait ? Eh bien sûrement celui qui, comme le prophète Jérémie, s’est laissé séduire « sans réserve » ! Car séduire c’est amener à soi. Et le seul qui puisse nous amener à lui pour nous donner pleinement la Vie, c’est le Vivant, le Christ. Toutes les autres séductions – et Dieu sait à quel point son Église n’est pas exempte de telles séductions et séducteurs – toutes les autres séductions, sont mensonges car elles ne donnent pas la Vie. Toute histoire de sainteté – comme celle du prophète Jérémie – pourrait se résumer ainsi : « tu m’as séduit, Seigneur » et, parce que cela vient de Toi, « j’ai été séduit ». Contrairement à la séduction du monde, la séduction du Christ est en fait éducation. Car, étymologiquement, le contraire de la séduction – amener à soi – est l’éducation, c’est-à-dire, conduire hors de soi. En effet, lorsque le Seigneur me séduit, Il me saisit, Il m’amène à lui non pour me capter, mais pour me faire sortir de moi-même, pour m’envoyer et faire de moi un disciple. Tout cela, dans le respect de ma liberté. D’où l’invitation à venir à Lui, plutôt que Lui, s’impose à moi. Et quel est-il donc ce joug qui procure le repos ? Quel est ce joug soi-disant facile à porter ? Ce joug est une grâce : être en attelage avec lui. C’est marcher avec le Seigneur, au même pas. C’est peiner avec lui, à côté de lui. C’est labourer avec lui le champ de la mission. C’est travailler, avec lui, au Royaume de Dieu. Bref, c’est, comme sainte Marguerite-Marie avoir un cœur qui bat au même rythme que celui du Christ.
Ce joug est facile à porter car le Seigneur est tendresse, pitié, plein d’amour, lent à la colère, miséricordieux. Bref, porter ce joug c’est revêtir nos épaules de son amour, doux et humble. Ainsi, venir au Christ et porter son joug c’est tout un ! Bien que nous soyons, en vérité, humbles et petits, nous sommes invités à goûter « sans réserve » la paix promise par le brûlant amour de Dieu répandu en nos cœurs. Puisse, Saint Claude la Colombière, intercéder pour nous, afin que nous succombions à la seule vraie et juste séduction : celle de l’Esprit Saint qui donne la Vie. Alors, nous accueillerons davantage la Parole de Dieu qui fera brûler notre cœur du désir d’être ajustés « sans réserve » au rythme du cœur de Jésus.
P Olivier Paramelle sj

Enfin pour terminer cette journée de fête solennelle, ou même ce triduum pour ceux qui étaient là depuis vendredi soir,
il a été proposé d’écouter l’œuvre musicale des pères Didier Rimaud sj et Marcel Godard : Les combats de Dieu.
Alors même que cette œuvre avait été composée pour célébrer la Saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus, il était bon de pouvoir réentendre comment dans le cheminement d’Ignace pouvait se lire en filigrane celui de saint Claude.
Vous pouvez à nouveau écouter cette œuvre en suivant ce lien :






